Kaay Fecc, le Festival de danse au Sénégal
KAAY FECC - Festival international de toutes les danses : 30 mai - 7 juin 2003
 
Vendredi 6 juin - Compagnie Nyata Nyata / Nsamu

Zab Maboungou installe avec ce nouveau solo, « Nsamu », ce dont on débat en langue kikongo, « un terrain de la parole que seul le corps peut mettre en place ».
« Chorégraphier, ce n’est pas écrire, mais configurer du temps. » Signe, sonset pas se juxtaposent pour tracer un parcours probable, du geste à la parole.

Conception, chorégraphie et interprétation : Zab Maboungou.
Musiciens : Diolkidi, Dominic Kofi Donkor.
Composition musicale : Zab Maboungou.
Scénographie : Chryso Bashonga. Lumières : François O’Hara.
Costumes : Denis Lavoie, Guylaine Tolemyo.
Avec le soutien de l’Ambassade du Canada.

Contact : (514) 849 97 81
info@nyata-nyata.org
www.nyata-nyata.org

La danse métisse de Zab

En intitulant sa dernière création Nsamu, ce dont on débat, Zab Maboungou devait bien se douter que cette création serait sujet de débats, de questionnements. Car au sortir de ce spectacle, des questions fusent de partout.

Les questions sont posées, il faut en discuter ; faire le tour de toutes ses questions exposées. Comme Zab sur scène. Ne tourne-t-elle pas autour du N’chak, cette pièce de pagne artistiquement exposée sur la scène comme on tourne autour d’un sujet ? Ce N’chak est d’ailleurs porteur de toute une symbolique. Zab nous l’a présenté comme étant « un large pagne avec des motifs. Lorsque le pagne est noué, on ne voit que très peu de motifs ». Ici, le pagne ne sera pas noué autour d’un corps. Il sera tendu et exposé, laissant découvrir toute la richesse de ses motifs. Comme si dans Nsamu, ce dont on débat, rien ne devait être caché. Tout devrait être dit à travers cette expression corporelle qu’est la danse.

Et le corps de Zab Maboungou s’exprime. Il dessine et écrit. Il dessine des figures géométriques. Il écrit une chorégraphie linéaire, à l’image de la musique qui l’accompagne. Cette musique répétitive de l’Afrique centrale qui donne l’impression de tourner en rond. Mais, c’est justement en cela que réside sa force parce qu’ici, le danseur n’écoute plus la musique. Parce qu’il la connaît, il n’écoute que son corps.

Alors, commence la danse véritable. Une danse sollicitée par le corps. Les gestes sont droits. Il s’agencent avec les autres. Zab fait des cabrioles, de petits jets en arrière, de grands jets en avant, des jeux de passe de mains à droite, des jeux de jambes à gauche. Tout est prétexte à la danse. Et lorsqu’elle quitte la scène un instant en laissant le soin aux percussionnistes d’entretenir le public, elle semble être encore là, tant la scène est imprégnée de sa présence scénique. Dans cette chorégraphie de grande physicalité, la curiosité de Zab est sans limite et sa gestuelle s’inspire de techniques tant africaines qu’occidentales.

Et les questions resurgissent. Est-ce de la danse africaine ou de la danse contemporaine ? Qu’est-ce que la danse contemporaine ? Qu’est-ce que la danse africaine ? Y a-t-il une danse africaine contemporaine ? La danse africaine existe-t-elle en dehors de cette rythmique effrénée ? C’est Nsamu, ce dont on débat. Il faut débattre. Une autre question. Que serait cette danse si une autre que Zab la dansait ?

Le débat est toujours ouvert. Pour l’heure, retenons l’image d’une danse qui ancre les mouvements des pieds en Afrique et la gestuelle des mains en Occident. Une danse qui puiserait ses racines en Afrique et s’élèverait vers l’Occident, à la recherche d’un je-ne-sais-quoi audacieux qui révolutionnera la danse. Une danse de caractère, une danse métisse… à l’image de la danseuse elle-même.

Edwige H.

 
Le guide du voyage au Sénégal